Le visage d’un ami

Avez-vous aussi cette sensation particulière ? Cette sensation de chaleur et d’ouverture ? Cette sensation que l’on ressent quand on voit le visage d’un ami ? Moi, je l’ai. C’est tellement particulier comme sensation que je l’ai appelé « l’ami ». Je suis toujours étonnée de la voir, en particulier avec les personnes avec lesquelles je suis un peu en froid (je ne suis pas si facile à vivre que cela).

Cela m’ouvre le coeur de voir un ami.

A l’instant, je ressens cela. Je suis seul. Enfin, seul au milieu de centaines de personnes. J’attends un avion à l’aéroport international de Zaventem. Cet avion va m’emmener voir de nombreux amis avec lesquels je me réjouis de passer une petite semaine, reclus, dans la montagne, à explorer l’ACT sous toutes ses coutures.

Mais ce n’est pas de penser à eux qui m’ouvre le coeur. Non. C’est de voir tous ces gens passer sur l’escalator horizontal. Vous voyez ? Ce petit chemin de fer qui nous porte d’un endroit à un autre, sans effort.

En voyant tous ces visages inconnus, je me suis dit :

« Et si c’était tous des amis ? ».

Mon coeur s’est ouvert en une fois.

J’ai éprouvé un sentiment fort et profond de gratitude de voir tous ces gens, vivants, aller et venir, quitter des proches et rejoindre des destinations importantes. Je me suis senti humain. Membre de la grande famille du vivant. Flippant, n’est-ce pas ?

Mes amis de la RFT me diraient que j’ai fait un cadrage hiérarchique (de mes références d’attachement ?).

C’est possible.

Ce qui en ressort est une profonde gratitude et un respect pour la vie, les êtres, les choses … et pour moi qui me permets de ressentir ça.

Non, je ne suis pas « contre » la pleine conscience

Pourquoi publier un article sur la question ? Car de nombreuses personnes ne comprennent pas ma démarche et réfléchissent de façon dichotomique (et avec très peu de sens critique quand il s’agit de la pleine conscience (comme moi maintenant en fait)) : si tu n’es pas un aficionados alors tu es contre et si tu es contre, alors tu n’as rien compris. Ben c’est possible, que voulez-vous, on ne se refait pas. Continuer la lecture de Non, je ne suis pas « contre » la pleine conscience 

faut-il apprendre à être heureux seul avant de s’engager dans une relation ?

C’est une évidence : NON !

L’adage « il faut d’abord apprendre à être heureux seul avant de s’engager dans une relation » est une croyance, où, pour parler ACT, une règle verbale, dans le sens où elle identifie, verbalement, un cadre de relation d’implication (s’engager dans une relation implique de pouvoir être heureux seul) chronologique (être heureux seul avant de s’engager) qui va influencer le comportement de la personne qui la suit.

Il s’agit d’un piège ou encore d’une règle dysfonctionnelle :

La règle utilise des termes imprécis (seul, oui mais selon acception ?) pouvant amener des interprétations de celle-ci qui peuvent conduire à difficultés psychologiques dans la mesure où elle serait, sous certaines interprétations, impossible à réaliser.

Cette règle est d’autant plus dangereuse qu’elle est devenue un dictat véhiculé par notre culture sous la forme : « si tu te sens mal quand tu es seul dans ta vie, tu n’es pas normal ».

Dans une perspective plus évolutionniste, la dépendance à l’autre, la souffrance d’être seul, le besoin de se relier, la peur d’être rejeté ou de perdre l’attention des autres est particulièrement fonctionnelle. Si on adopte ce focus d’analyse un instant, nous ne donnerions pas très cher de la survie de l’espèce humaine. La fonction possible de ce que les individualistes radicaux considèrent comme une faiblesse pourrait être de pousser les membres de l’espèce humaine à se lier, à aller vers les autres, à former des couples et à se reproduire. Une chose qui n’est pas si mauvaise en soi finalement.

Pour bien comprendre, imaginons un être humain qui ne ressent aucun besoin des autres pour être heureux. Il est en parfait équilibre. Tout va bien pour lui. Pour quelle raison irait-il s’engager dans une relation qui va bouleverser cet équilibre ? Le choix allez-vous me répondre. Quel choix devrait donc avoir cette personne qui n’a besoin de personne ? Si être en relation intime avec une personne est un choix significatif, quelque chose d’important pour cette personne, comment pourrait-elle être pleinement satisfaite de sa vie, heureuse, si elle était seule ? Comment pourrait-elle se sentir accomplie alors qu’une pièce majeur de son puzzle existentiel manque à l’appel ?

Revenons à notre individu hypothétique. imaginons que cette personne ait voulu suivre cet adage.

Pour quelle raison ? Quel besoin avait-elle de se mettre en quête ? Un besoin de régler certaines questions relatives à la distance relationnelle ? Comment a-t-elle pu y parvenir ? En mobilisant ces ressources et sa confiance en soi ? Une tension entre le besoin d’attachement et le besoin d’instaurer une distance défensive fait-elle partie de ses préoccupations ? De plus, cet adage renvoie à une surévaluation du monde intérieur en rapport au monde extérieur : le bonheur en relation à des paramètres intrapersonnels (être bien avec soi-même) conditionne celui basé sur des paramètres extérieurs (être bien dans un couple). Si nous en croyons un certain Fairbairn, cette personne rencontrerait tous les thèmes majeurs d’une personnalité schizoïde.

Pour rappel, la personnalité schizoïde renvoie à au moins 4 critères parmi les suivant :

  • le sujet ne recherche ni n’apprécie les relations sociales y compris intra-familiales proches ;
  • il choisit presque toujours des activités solitaires ;
  • il présente peu ou pas d’intérêt pour le sexe ;
  • il n’éprouve du plaisir que dans de rares activités ;
  • il n’a pas de confidents en dehors des parents du 1er degré ;
  • il semble indifférent aux critiques autant qu’aux éloges d’autrui ;
  • il présente une froideur, un émoussement de l’affectivité.

Quelle ressemblance frappante …

Quelle paradoxe aussi cet adage nous propose : il faut manifester les signes d’un désintérêt flagrant pour les relations sociales pour pouvoir en profiter pleinement.

En fait, cet adage renvoie à une notion très individualiste du bonheur, où, pour être heureux, un individu doit être, avant toute chose, autosuffisant. C’est un mythe. Un mythe tenace et habillé de d’intentions en cohérence avec notre société hyper individualisée, certes, mais un mythe tout de même. Cet adage est probablement une dérive de l’individualisme farouche profondément ancrée dans la culture américaine. Une sorte de « self-made happiness ».

L’être humain est un être social par excellence. Pour survivre et prospérer, il a besoin des autres. Même pleinement indépendant, un être humain à besoin de se connecter aux autres. Avoir des relations solides avec sa famille et ses amis est NECESSAIRE à une vie épanouie. Il est probable que, comme dans toutes dynamiques, un certain équilibre émotionnel personnel participe à l’entretien de bonnes relations. Et, en retour, des relations de qualité participent à cet équilibre. Et ainsi de suite.

Une forme de thérapie particulièrement efficace pour la dépression se centre sur les relations sociales et l’entretien et la qualité de celles-ci pour soigner la dépression. Selon cette perspective, dire à une personne « pour aller vers les autres, il faut attendre d’aller mieux » est une aberration.

Dans le bouddhisme, la Sangha ou la communauté est l’un des Trois Refuges avec le Bouddha et les Enseignements. Selon cette perspective, ces trois refuges sont nécessaires pour comprendre les Quatre Nobles Vérités et se libérer de la souffrance.

Un autre élément qui me hérisse les poils est que cet adage implique l’existence d’une entité intérieure avec laquelle il agirait d’entretenir une relation heureuse. Mais de quoi s’agit-il ? Qui est donc ce « soi-même » ?

N’ayant pas une culture cognitive ou psychanalytique, ce concept me dépasse totalement. Car il s’agit bien d’un concept, qui à mon sens n’a pas d’existence réelle, une sorte de croyance supplémentaire.

Dans un langage que je sais comprendre, j’ai l’impression, sans grandes certitudes, que l’on veut parler de ce discours intérieur qui, quand « on est bien avec soi-même », est positif et encourageant et au contraire, quand on est « en mauvaise relation avec soi-même », est négatif, dévalorisant et culpabilisant. Si c’est de cela dont il s’agit, alors là aussi cet adage est un non sens. Les pensées sont reliées à notre humeur et à une longue histoire d’apprentissage. Sans entrer dans les détails, si l’on souhaite changer le discours intérieur, ou encore, si j’ai bien compris, entretenir une meilleure relation avec soi-même, il est nécessaire mettre en place un environnement satisfaisant nos besoins et cohérents avec nos valeurs. Il s’agit de mettre les boeufs devant la charrue et non l’inverse : construire un environnement adéquat va permettre de changer le discours intérieur. Attendre que le discours change avant de construire cet environnement est inefficace. Si une relation amoureuse enrichissante fait partie de cet environnement, attendre que notre discours à propos de nous-même change avant de la construire manque considérablement de bon sens.

Attention, ici, l’adéquation de l’environnement n’est pas la sempiternelle famille, chien, maison, voiture, argent, santé promotionnée par notre culture télévisée. Non. Il s’agit d’être en adéquation avec ces valeurs personnelles et ses besoins propres et non de répondre à une image d’Epinal.

Et il y a bien d’autres exemples.

En résumé, je dirais ceci : nous avons besoin des autres pour être heureux, notre équilibre intérieur n’est pas un choix mais une harmonisation de différents facteurs, dont la relation.

Subversivement vôtre,

Egide

Il était une fois une histoire d’histoires

Il était une fois … c’est déjà un bon début.

Assis dans mon cabinet (et non « sur mon cabinet » – c’est le bureau dans lequel je reçois des gens …), je m’aperçois qu’une personne est assise en face de moi. Elle me raconte une histoire. J’ai le sentiment que cette histoire lui tient à cœur, ou, plus précisément, que cette histoire lui tient le coeur. Que dire ?

Je ne vais tout de même pas lui dire qu’elle me raconte une histoire ? Oui ? Vous pensez ?

Je pourrais lui raconter l’histoire d’une personne très intéressante, qui me raconte une histoire dont elle est l’héroïne. Je pourrais lui demander ce qu’elle voudrait voir apparaître dans cette histoire, tout en sachant que l’on ne va pas refaire le monde. Que ce qui est passé est une partie infime de ce qui se présente pour des faits. Nous pourrions ensemble remonter le temps, séparer ce qui relève du romanesque et des faits.

Oui. Mais sera-t-elle assez ouverte pour prendre un peu distance des histoires qu’elle s’est construite pour donner du sens à ce qui lui est arrivé ?

Comment s’appelle-t-elle déjà ? Sans importance. Je vais l’appeler PM pour Personne Magnifique. Pourquoi est-elle devant moi ? Je n’en ai aucune idée. Elle tente bien de me l’expliquer, mais je ne comprends pas ce qu’elle me raconte. L’impression que cela me laisse est que ce sont ces histoires qu’elle me raconte et qui l’accompagnent au jour le jour qui sont assises devant moi.

« Laissez-moi vous raconter une histoire. C’est l’histoire d’une dame formidable. Je pense que vous devez la connaître. Cette dame se sent seule, sans importance, inutile. Pourtant, elle n’est pas si seule que cela. Elle est accompagnée de nombreuses histoires qui lui parlent d’elle, de ses échecs, de ses ratures, de sa mauvaise nature. Mais elle se sent seule. Pour cause, ces histoires ne se montrent pas sous leurs vrais visages. Elles se cachent dernières des masques. Des masques qui portent les noms de « Vérité », de « Fait », de « Constatation ». »

« La malheureuse, bercée par ces histoires sordides, finit par considérer sa vie comme insoluble. C’est ce que ces histoires lui racontent. »

« Un jour pourtant, elle décide de faire quelque chose. Elle décide d’aller voir un psy. Elle prend un rendez-vous, et, le jour « J » elles débarquent toutes ensemble dans son cabinet. Remarquant le monde qui est présent dans la salle d’attente, le psy se demande si il aura assez de chaises pour pouvoir installer toute cette petite famille confortablement. »

« Certaines histoires doivent rester debout. Elles n’ont pas l’air contentes. La première commence à parler. C’est l’histoire de « pourquoi je suis ici ». Elle passe assez vite le relais à l’histoire de « j’ai ce que je mérite », parfois interrompue par l’histoire de « je suis une mauvaise personne ». Le psy remarque que ces histoires semblent diriger la vie de PM. Que peut-il faire ? Il décide alors de lui raconter une histoire à son tour … »

Un petit lapin au bord de l’eau …

Il était une fois un petit lapin qui vivait dans un terrier. Cela faisait de longues années qu’il n’était pas sorti le jour. Il avait tenté, il y a très longtemps de sortir, mais le monde lui fit très peur.

Depuis ce jour, il reste bien caché dans son terrier. Il ne sort que la nuit, à l’abris dans l’obscurité.

Un après-midi frais de printemps, il entend quelque chose d’étrange. On toque à sa porte. Plus personne ne s’intéressait à lui depuis bien longtemps. Il était seul, dans un espace restreint, inconfortable, certes, mais d’un inconfort confortable. Il connaissait bien son trou. Aucun recoin n’avait de secret pour lui.

On frappe à nouveau. Intrigué, notre petit lapin va voir quel est cet importun qui vient ainsi le tirer de sa retraite du monde.

Par le trou de la serrure, il voit, Ô mirage, une jeune et belle lapine. Ne comprenant pas ce qu’on lui veut, il hésite encore à ouvrir. La lapine insiste. Il ouvre.

Aveuglé par la lumière du jour qu’il n’avait plus vu depuis longtemps, il cligna quatre à cinq fois des yeux. Se déploie alors devant lui un lumineux et coloré, bien différent de ce qu’il connaissait de la nuit aux tons gris. Au milieu de celui-ci, à quelques pieds (de lapin) de lui se plante une vision hors du commun : un être vivant de son espèce. Plus habitué aux vers et autres insectes rampants qui passaient sous sa porte qu’à fréquenter son espèce, il ne su pas vraiment comment l’aborder.

« Bonjour vous ! » dit la lapine en faisant un petit saut.

« Heuuuu … » répondit notre lapin.

Elle sentait bon. Non pas le sable chaud, mais une odeur de jeune carotte.

Il s’en suivi une conversation en langue de lapin que je ne connais pas. En substance, notre ami lapin ne comprenait pas non plus ce qu’il lui arrivait. Pourquoi cette belle lapine s’intéressait-elle à lui ? Pourquoi ne sautillait-elle pas avec les autres lapins dans l’herbe près du ruisseau ?

Il se disait qu’il n’avait rien à lui offrir, qu’elle valait bien mieux que lui. Elle n’était pas d’accord. La non plus, il ne comprenait pas.

Cependant, il était tombé amoureux. Cela non plus, il ne le comprenait pas. Lui, le lapin rangé dans un terrier sombre, seul depuis si longtemps.

Après cette discussion, elle lui demanda si elle pouvait revenir le lendemain. Il accepta, sans vraiment savoir pourquoi il mettait en danger sa si précieuse tranquillité.

Le soir, s’apprêtant à sortir, on frappa à nouveau à la porte. Troublé, s’empêchant d’espérer que ce soit la jeune lapine, il regarda par la fenêtre. Un grand cerf lui dit qu’il avait perdu sa maison. Notre ami lapin lui demanda s’il ne s’était pas trompé de chanson et après une discussion en lapincerf que je ne connais pas, le grand cerf s’en alla en sautillant.

Notre ami lapin, perplexe par cette journée si peu ordinaire, alla faire ses commissions et remplir ses gourdes d’eau au ruisseau.

La nuit était belle ce soir là, les étoiles se reflétaient dans l’eau en des millions de petites feux d’artifice. Au bord du ruisseau, il trouva un petit paquet en feuilles de salade. Dedans, une botte de carottes fraichement sorties de terre. Il aimait bien la terre fraiche sur ses carottes. Un petit mot en langue de lapin accompagnait tout cela. Suite à des recherches linguistiques, voici ce qui y serait écrit :

« Merci pour cette douce discussion mon lapin courageux, voici un petit cadeau, j’espère qu’il te plaira. Lapine »

Tout ému, il prit le cadeau contre son cœur et cru percevoir le doux parfum de cette après-midi.

En relisant le petit message, il tomba sur un mot qu’il n’avait pas l’habitude d’entendre à propos de lui : « courageux ». Décidément, cette lapine n’avait pas les yeux en face des trous se dit-il.

Depuis les années qu’il vivait reclus dans son terrier, il avait eu le temps de se convaincre qu’il était sans doute le plus peureux des lapins de tout l’univers connu et inconnu.

Et maintenant, une lapine, apparemment sensée et en bonne santé, venait lui dire le contraire et semblait convaincue de ce qu’elle disait.

Il pensa qu’il était temps de mettre les choses au clair avec elle et, non sans hésitation et grande peur, il décida d’aller à sa rencontre le lendemain, en journée pour lui montrer le lapin peureux qu’il était. Il ne pouvait pas la laisser se faire de fausses idées à son sujet.

Au chant du coq (oui, il y a toujours un coq dans les histoires, c’est comme les cerfs), notre ami lapin faisait sa toilette devant sa glace. Les idées tournaient à toute vitesse dans sa tête. Il allait sortir en plein jour. Non seulement il avait peur, mais en plus il imaginait déjà les railleries des autres lapins, le voyant trembler de peur, sans défense, en pleine journée. L’image était si terrifiante pour lui qu’il hésita plus d’une fois à mettre ses plans à exécution.

Céleri moins le quart (les lapins ne comptent pas les heures comme nous), c’est l’heure. Il prend son courage à deux pattes et ouvre la porte. Lumière. Vent. Odeurs. Il avance. Il tremble. Se dirigeant vers le ruisseau, il repense à la douce discussion qu’il avait eut avec cette belle lapine qui semblait avoir perdu complètement la raison. Puis, il eut un doute. Ne lui avait-elle pas donné rdv aujourd’hui devant sa porte ? « Mais si ! Haaaaarg ! » se dit-il en voulant rebrousser chemin avec le soulagement de rentrer chez lui.

A peine initie t’il son demi tour qu’il tombe truffe à truffe sur la belle lapine qui le suivait tranquillement.

« Heuuu …. » dit notre ami lapin avec l’emphase d’un œil d’escargot.

« Bonjour mon lapin courageux, je ne savais pas que tu te baladais aussi en plein jour ? »

« Heuuu… Ben … en fait … faut savoir que … » balbutia avec brio lapin courageux.

«  Ne m’en dit pas plus. Comme tu es là, je vais te montrer un belle endroit aux trèfles frais »

Ni une ni deux, voici notre drôle de couple qui se met en route dirigé par belle lapine.

Lapin courageux se promet en chemin qu’il doit absolument lui dire qu’il n’est pas ce qu’elle pense. Il n’est pas courageux, il est bête. Bête car il sait qu’il y a plus de dangers la nuit pour un lapin que le jour mais que je jour lui fait tellement peur qu’il préfère risquer sa vie chaque soir.

Belle lapine l’amène près d’un petit amas de pierres. Elle entre dans un trou entre deux pierres et lui fait signe de la suivre. Il s’exécute.

« Bienvenu chez moi ! » Dit-elle avec un grand sourire.

L’endroit est charmant, décoré avec gout, gout de lapin bien entendu. Elle lui fait signe de le suivre près de ce qui semble être une fenêtre.

Arrivé à la fenêtre, il voit l’endroit où il vient, chaque soir, remplir ses gourdes et faire ses commissions.

Il comprend. Il l’a regarde, l’embrasse et lui dit « Merci, Belle ».

La Bête comprit que pour être courageux, il fallait avoir peur.

La Bête épousa la Belle.

Mais ça, c’est une autre histoire.

Changer ? Pas si simple …

En parcourant un blog d’un psychologue américain, Mark Webster (http://www.markwebsteract.com/wordpress/), un des fondateurs d’un outil clinique ACT très intéressant, j’ai lu un article concernant les difficultés de passer à l’acte, les obstacles sur la route du changement. Mark Webster souligne 5 difficultés qui se posent sur le chemin du changement.  Je vous les présente ci-dessous, en précisant les processus psychologiques en jeu dans ces obstacles.

 

Le premier obstacle est la prise de conscience du problème. Prendre conscience que l’on a un problème est une expérience aversive et nous avons tendance à éviter les expériences aversives.  Or, cette étape est fondamentale pour commencer à chercher de l’aide.

Le second obstacle qui peut se présenter est que, pour envisager un changement global de fonctinnement, il est utile de penser aux conséquences de nos comportements à long terme si on maintient nos patterns de comportements actuels. Or, penser à des conséquences négatives est aversif par l’effet bien connu du transfère de fonction des mots et pensées à l’expérience présente ou encore ce que Mark Webster « l’effet citron » (pensez que vous avez un citron dans votre bouche, pensez au gout du citron, à sa pulpe se déposant sur votre langue … et vous pourrez expérimenter de l’acidité dans votre bouche, comme si vous aviez réellement un citron dans votre bouche). Comme nous avons tendance à éviter ce qui est aversif, nous avons tendance à éviter de penser aux conséquences à long terme de nos comportements dysfonctionnels actuels et donc nous ne favorisons pas les probabilités de changement.

Le troisième obstacle se présente lorsque nous avons reconnu le problème et que nous avons passé un peu de temps à imaginer les conséquences à long terme de notre comportement. Nous ne souhaitons pas ces conséquences. Cependant, quelle est l’alternative ? Pour penser à une alternative il faut d’abord abandonner le premier comportement, et cet espace sans solution, aussi court soit-il, est angoissant et nous avons une forte tendance à éviter de nous retrouver dans ce type d’espace d’expérience. Lorsque nous nous y retrouvons, nous avons tendance à nous y débattre pour en sortir à tout prix, quitte à nous accrocher à nos comportements dysfonctionnels à long terme pour un peu de répits à court terme. Cette phase, en ACT, est appelée de Désespoir Créateur. En thérapie, cette phase peut être facilitée par un recadrage sur l’utilité du comportement dans l’histoire de l’individu en même temps qu’en soulignant son caractère dysfonctionnel actuel. Ne se focaliser que sur le caractère dysfonctionnel actuel pose un contexte aversif qui favorise les comportements d’évitement.

Le quatrième obstacle se produit lorsque vous êtes arrivé dans cette phase où vous êtes d’accord de lâcher prise. Vous allez quitter un comportement qui vous est familier, et, un peu comme perdre un vieil ami, cela nécessite une forme de deuil. Or, les deuils impliquent de vivre des ressentis désagréables. Vous connaissez la suite : citron, citron, citron …

Le dernier obstacle relevé par Mark Webster se produit lorsque nous pensons aux essais erreurs que nous allons devoir faire pour tester les nouveaux comportements dont nous n’avons pas encore connaissance. L’avenir incertain et les expériences d’apprentissage qui impliquent inévitablement des échecs rappellent en mémoire d’anciens souvenirs d’échecs et de doutes quant à sa capacité à y arriver. Expérience inconfortable. Evitement.

L’obstacle majeur au changement est donc, selon Mark Webster, l’évitement des expériences intérieures qu’impliquent la dynamique de changement.

Cet article ne serait pas intéressant à écrire si je n’y alllais pas de mon petit commentaire. Alors, le voici 🙂

A ces 5 obstacles nous pouvons ajouter que prendre conscience que l’on a un problème nous amène à relier une partie de notre identité, si pas toute celle-ci, à une étiquette « personne qui a un problème ». Une « personne qui a un problème » est, par définition, une personne qui se trouve dans une situation qui lui pose problème et qui ne le résoud pas. Une personne qui est bloquée dans sa vie. Or, les étiquettes sont associées à un ensemble de comportements. Ici, il y a l’inaction. Le paradoxe est qu’en prenant conscience de son problème, on réduit sa flexibilité comportementale dans le contexte « problématique ». De plus, la thérapie, destinée à résoudre le problème, est un espace où l’on a tendance à parler beaucoup du problème. Ce faisant, on relie des réseaux de relation comme « je n’y arrive pas », « c’est trop difficile pour moi », « je suis nul(le) » et d’autres phrases impliquant un « je » ou un « moi » et favorise la (co-)construction d’un narratif négatif à propos de soi (que l’on appelle « Soi Conceptualisé » en ACT).

Ensuite, la personne « qui a un problème » peut évoluer dans un espace relationnel qui favorise l’inertie. Changer de comportement a des conséquences sur l’environnement, tant physique que social. Il est très probable que la « personne qui a un problème » soit impliquée dans des boucles de renforcements interpersonnelles qui tournent autour de son « problème ». En clair (ou pas), le fait d’avoir un « problème » est potentiellement un renforçateur pour une autre personne dans son environnement et changer implique que nous devenions un agent aversif pour cette personne. Ici, l’expérience, ou l’idée de celle-ci (effet citron), d’être un agent aversif pour quelqu’un est potentiellement une expérience aversive (qui implique de l’évitement) et, pour la personne qui est concernée, avoir un agent aversif dans son environnement social va augmenter la probabilité de mettre en place des patterns de comportements destinée à éloigner, réduire ou éliminer cette source d’inconfort, par une mise à l’écart de la personne qui change (contexte extrêmement aversif pour un être social comme l’être humain) ou en la dissuadant de changer.

En complément du quatrième obstacle de Mark Webster, j’ajouterais que certains comportements peuvent être très renforçants à court terme. Il ne s’agit pas toujours d’un renforcement par retrait ou évitement d’une expérience aversive. Il existe aussi des comportements d’approches dysfonctionnelles. Parfois, on peut être embarqué dans un circuit de renforcement positif très puissant à court terme comme c’est le cas dans l’addiction en début de parcours ou dans le fait de faire des blagues nulles ou salaces qui ne font rire que nous. Dans cette catégorie, on trouve aussi le fait de suivre des valeurs de façon rigide ou encore d’appliquer sans discernement des comportements extrêmement renforcés socialement qui, à long terme, aboutissent à une forme d’inadaptation au fonctionnement complexe des relations interpersonnelles. Je pense ici à l’expression systématique de sa vulnérabilité ou de la compassion alors que l’information émotionnelle non verbale qui est donnée est différente. Non seulement cela peut aboutir à une forme de rejet de la communauté, mais aussi cela peut favoriser un sentiment d’incohérence paradoxal dans le chef de la personne qui souhaite de façon rigide être en cohérence avec ces patterns de comportements valorisés. Cela peut, dans le pire des cas, aboutir à un « plus de la même chose » qui ne fait qu’enfoncer la personne dans sa « cohérente incohérence ».

Il existe probablement d’autres obstacles aux changements. Ceux-ci sont ceux qui me sont venus en tête à la lecture de l’article de Mark Webster.

Changer n’est donc pas si simple et implique un grand inconfort, personnel et relationnel. Sans inconfort (à court terme), pas de changement. Sans changement, pas de confort (à long terme).