Retour à la liste des forums >> Retour aux sujets du forum >> Voir tous les messages
peur des enfants plus grands
message posté depuis Mercredi, 18 Août 2010 par Nathalie
Bonjour,

Depuis l'été passé, mon fils, Louis, qui a maintenant 5 ans et demi, est très angoissé à l'idée de se retrouver avec des adolescents.
Cela l'empêche de profiter des stages auxquels nous l'inscrivons pendant les vacances scolaires mais aussi de profiter des récréations à l'école s'il se retrouve dans la cours des "grands".
Nous essayons en vain de comprendre la raison de ces angoisses mais ne recevons comme réponse que "j'ai peur des grands"...
Lorsque je lui demande s'il s'est passé quelque chose qui a engendré cela, il me répond qu'il y a un "grand" qu'il n'aime pas à la plaine de jeux à laquelle il est allé l'an passé.
Mais depuis, cela ne s'arrange pas du tout, au contraire, il ne veut même plus aller chez ses copains de classes, et surtout pas si ceux ci ont de grands frères.
Cela se passe bien uniquement lorsqu'il est bien encadré, qu'ils forment des groupes d'enfants de son âge, mais plus dès que des enfants + âgés sont également présents.
Chaque semaine, il suit des cours d'initiation à la musique, chose qu'il apprécie fortement mais ne veut absolument pas faire partie du spectacle de fin d'année car il y a aussi des "grands" présents.
Quand il est inquiet, il entre vraiment "en transe", tout son corps tremble et s'accroche à nous (papa ou maman) comme un petit singe.
Je vous avoue ne plus savoir comment réagir: le rassurer bien sur, mais continuer à l'inscrire à d'autres activités ou serait-il trop jeune pour en profiter ?
En tant que maman qui travaille (en 4/5), je ne sais vraiment plus que faire ...
Merci de vos avis
Subscribe to this Thread | Répondre à ce message
Quand la peur devient problématique
message posté depuis Lundi, 23 Août 2010 par Egide Altenloh, Psychologue
modifié depuis: Mardi, 24 Août 2010
Bonjour Nathalie,

Merci pour votre message et votre mail privé très encourageant.
Votre fils a 5 ans et demi et présente, selon votre description, une peur exagérée des enfants plus grands que lui.
La façon dont il gère cette crainte est :
soit l’évitement des situations qu’il anticipe comme pouvant être problématiques (représentation de fin d’année, moments chez ses amis de classe) ;
soit la réassurance : lorsqu’il est dans une situation où des enfants plus grand que lui sont présent, il a tendance à trembler et chercher la réassurance près de vous et votre mari en s’agrippant à vous.
Il est possible même qu’il réagisse parfois par la fuite des situations proprement dites.

Ce sont là les trois réactions naturelles d’un être humain, aussi jeune soit-il, lorsqu’il est dans une situation ou anticipe une situation qui lui fait peur. Malheureusement, cette réaction naturelle bloque votre enfant dans différentes dimensions de sa vie : la socialisation, l’accomplissement de soi dans la musique, les stages de vacances. De plus, ses deux parents se font du souci pour lui et ne savent plus comment faire avec cette crainte.

A 5 ans, les enfants développent toute une série de craintes qui se résorbent avec le temps. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour les aider à les dépasser, surtout si les craintes sont irrationnelles et handicapantes. Il faut faire attention cependant à ne pas confondre l’émotion de peur de «la peur de». Si «la peur de» est irrationnelle, l’émotion de peur est bien présente et réelle pour votre enfant. C’est principalement à elle qu’il réagit, «la peur de» n’est qu’un signal qui déclenche la peur et amène votre fils à agir en fonction de cette émotion pour se protéger. Cette réaction est inscrite dans ses gènes.

La façon dont une crainte se crée et est entretenue est intéressante à explorer pour avoir une idée de ce qu’il convient de faire pour aider votre enfant.

Je vous propose de prendre l’exemple de votre fils pour illustrer le mécanisme, bien que cela ne veuille pas dire que cela se passe exactement comme ça pour lui.

Prenez un événement quelconque, ici «un enfant plus grand». Associez à cet événement une expérience malheureuse - directement, comme vous le relatez ou indirectement, comme la présence d’un «enfant plus grand» lors d’un épisode qui aurait marqué votre fils. La présence ou l’anticipation de la présence «d’un enfant plus grand» dans une situation particulière va réveiller cette association et déclencher chez votre fils une cascade d'événements émotionnels et comportementaux destinés à se mettre lui-même en sécurité. Un événement émotionnel qui véhicule classiquement cet objectif est la peur. Une analyse plus approfondie nous dirait si le comportement de «transe» est systématique ou uniquement en présence de certaines variables : la présence de ses parents, d’un adulte ... La peur est extrêmement désagréable et pousse la personne qui la vit à faire en sorte qu’elle diminue LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE. Les stratégies comportementales qui font diminuer le plus efficacement cette émotion à court terme sont les stratégies qu’emploie votre fils : l’évitement, la fuite et la réassurance. Lorsque votre fils adopte l’une de ces stratégies, sa peur diminue. Cette diminution introduit un apprentissage : quand j’ai peur, je cours, je tremble, mes parents viennent m’aider conséquence ma peur diminue et je vais mieux. SUPER !!!
Comme je vous l’ai dit, ces stratégies sont inscrites dans nos gènes. Elles sont naturelles, elles sont l’équivalent d’éternuer lorsque nous ressentons une chatouille dans le nez. Elles sont très utiles dans les situations où l’objet qui nous fait peur est réellement dangereux.

Le problème de ces stratégies sont leur relative rigidité par rapport à toute nouvelle évaluation du fait d’être en présence d’«un enfant plus grand». En fuyant, il est impossible d’apprendre que ce qui nous fait peur n’est pas réellement dangereux. En fuyant, on apprend que fuir diminue la peur, ce qui est déjà pas mal, mais pas suffisant pour apprendre qu’un enfant plus grand n’est pas dangereux. Fuir empêche l’expérience or c’est de l’expérience que l’on apprend.

La façon dont réagit le parent face à l’émotion de l’enfant est également importante : si, lorsque votre enfant a peur, vous faites tout ce qu’il faut pour qu’il n’ait plus peur, il se peut que vous véhiculiez le message que la peur n’est pas bien, qu’elle doit être diminuée, contrôlée, éliminée. Or, on ne sait ni la diminuer, ni la contrôler, ni l’éliminer efficacement. Considérer avec bienveillance l’enfant qui a peur, sans essayer de diminuer sa peur, est un changement de perspectives intéressant à explorer. Pas facile à faire pour un parent, car là aussi, notre corps répond à la détresse de notre enfant par une émotion extrêmement désagréable à laquelle, parfois, on répond en diminuant la détresse de notre enfant, pour diminuer la nôtre.

Voilà pour la théorie.

Maintenant vient le côté pratique :
Je vous conseille donc de valider le fait qu’il ressente une peur très forte et que celle-ci n’est vraiment pas agréable. Le rassurer, mais pas outre mesure, en lui affirmant que la situation particulière n’est pas dangereuse. Lui permettre de faire face à sa peur, même accrocher à vos jambes, sans réagir directement, pour qu’il puisse avoir l’occasion d’entretenir une nouvelle relation avec celle-ci. Y aller graduellement, c’est important, sans pour autant entrer dans le jeu de la peur et sans tomber dans l’excès inverse : forcer empire les choses. C’est ce que dans notre jargon psy on appelle faire des «expositions». Concernant les stages, je vous conseille donc de continuer, dans la mesure où ils sont en externat car ce sont des contextes où il peut se confronter à sa peur. C’est un peu comme la natation, si vous souhaitez qu’il apprenne à nager alors qu’il a peur de l’eau, il a plus de chance d’y arriver si vous l’amenez à la piscine, mais pas si vous le poussez dans l’eau.

Soyez confiante, non alarmée, attentionnée face à sa peur, ça lui apprendra plus rapidement qu’il ne doit pas en avoir peur.

Si, malgré l’application de ces petites règles les problèmes persistent (il faut un peu de temps, et au début des «expositions» les «symptômes» prennent plus d’ampleur) je vous conseille de prendre contact avec un thérapeute comportementaliste qui travaille avec les enfants. Vous trouverez une liste de thérapeutes sur le site de l’AEMTC, l’association des thérapeutes cognitivo-comportementalistes de Belgique.

Une dernière chose : courage, être parent est une aventure difficile car on a pas toujours le mode d’emploi de ses enfants. Pour couronner le tout, il n’existe pas de mode d’emploi ...

Egide

PS : J'espère avoir été clair, n'hésitez pas à revenir vers moi en message privé si vous souhaitez des éclaircissements
Subscribe to this Thread | Répondre à ce message
Merci
message posté depuis Mardi, 24 Août 2010 par Nathalie
Merci beaucoup pour votre aide et vos conseils qui me confortent dans les efforts que nous faisons actuellemnt.
Toutefois, si cela devait ne pas s'arranger, je permettrais de venir vous rencontrer, habitant à proximité d'Uccle.
Subscribe to this Thread | Répondre à ce message
Power by Simplest Forum - Copyright Ambitionality Software LLC 2008. All rights reserved.