Les émotions "negatives" sont nécessaires au bonheur

 

IMG_7569

 

 

Il y a quelques temps, j'ai été contacté par une journaliste d'un magasine féminin qui voulait écrire un article sur le thème "lifter vos émotions". Au fur et à mesure de nos échanges, je me suis apperçu que ce qu'elle cherchait était des recettes toutes faites pour ne vivre que des émotions positives. Les émotions négatives étaient à éliminer, à "lifter" comme les rides sur le visage. Elles étaient considérées comme disgracieuses et non comme les indices précieux sur la personne que nous sommes, qui, si on prend la peine de les écouter, nous montrent le chemin de la sagesse et de la rencontre intime avec sa part la plus authentique, la plus humaine, des indicateurs de la voie vers une vie qui nous correspond, qui mène à rencontrer le bonheur plus souvent que l'on pourrait l'espérer.

 

Il va sans dire que ma perception du bonheur ne correspondait pas aux attentes de la journaliste.

 

Ce type de bonheur "à tout prix" et tout le temps est ce que l'on appelle le bonheurisme.

 

Le bonheurisme est un combat perdu d'avance dans la mesure où la vie n'est pas faite que de moments agréables. Vouloir effacer ou éviter les moments déagréables, maquiller ses émotions que l'on considère comme disgracieuses et ne pas les écouter est une grave erreur.

 

Notre part d'ombre est ce que nous avons de plus précieux. Un diamant brute. Notre fragilité et notre vulnérabilité sont paradoxalement nos plus grandes forces, nos plus grandes qualités. C'est notre humanité qui s'y trouve recélée.

 

Gérer ses émotions ne signifie pas (toujours) diminuer ses émotions dites "négatives" au profit des émotions dites "positives". Gérer ses émotions ne se fait pas sur un mode dictatorial où les "opposants" au régime sont enfermés. Gérer ses émotions se fait en "bon père de famille" où chaque personne est respectée dans ce qu'elle est, est accueillie et écoutée, de la même façon, quel que soit son nom, son origine et ses qualités. Tristesse, honte, colère, dégout, culpabilité, stupeur, panique sont autant de personnes dignes d'intérêt que la joie, la gratitude et l'amour.

 

Selon ma jeune expérience, le bonheur se trouve sur la voie de la bonne entente avec ses ressentis "négatifs", dans l'accueil de ceux-ci et dans leur intégration à notre panorama affectif.

 

Il est d'autant plus important d'apprendre à composer avec ses ressentis négatifs lorsqu'on décide de faire de sa vie quelque chose qui a du sens. Travailler à des choses importantes pour soi, qui résonnent en nous profondément, nous met dans une position délicate. La possibilité d'échouer un projet n'est jamais de 0%. Toutes les précautions prises, les calculs, les plans "B" ne nous mettent pas à l'abri du facteur que l'on ne peut contrôler : les aléas de la vie.

 

Les ressentis désagréables font partie du voyage. Ils sont des outils de navigation très précieux. Que ferait un marin avec une demi carte, avec une boussole qui n'indique que le sud ou encore sans sonar ? A sa place, je ne quitterais pas le port.

 

Les émotions "négatives" sont d'une grande aide pour naviguer dans la vie, alors, pourquoi vouloir s'en priver ?