| Le Comportement Verbal |
![]()
Le comportement verbal (CV) est le comportement le plus fréquemment rencontré dans un cabinet de consultation. L’être humain est verbal. Il communique. Le CV est communément définit comme un comportement qui est renforcé par l’intermédiaire d’autres personnes. Skinner (1957) insiste sur le fait que nous ne pouvons pas spécifier de forme particulière de mode de communication ou encore de support de communication : tout mouvement capable d’affecter un autre organisme peut être un CV. Les auditeurs modèrent le renforcement des émetteurs dans ces circonstances car ils ont été conditionnés à le faire. Le langage renvoie à un ensemble de contingences et de pratiques conventionnelles prévalant à l’intérieur d’une communauté verbale. Le CV fait partie du répertoire des opérants de l’être humain et en tant que tel se prête à une analyse fonctionnelle en termes d’antécédents, de réponses et de conséquences renforçantes. Les renforcements d’un CV sont parfois inconditionnés (recevoir un verre d’eau pour le comportement vocal «pourrais-je avoir un verre d’eau ?»), parfois conditionnés. Ce dernier sera le plus souvent rencontré. Le renforcement conditionné présent dans la plus part des contextes impliquant un CV est ce que Moore (2008) appelle l’«attention sociale généralisée». Cette attention peut prendre différentes formes : contact oculaire, rapprochement physique, réponse faciale, approbation sociale, etc. Le renforcement est soit systématique soit intermittent. Le CV peut aussi être sous le contrôle de plusieurs contingences qui impliquent plusieurs renforceurs et stimulus. Le stimulus contrôlant est également important dans l’analyse d’un CV. Il peut prendre la forme d’un objet, d’un événement ou encore juste une certaine propriété de cet objet ou événement. Dans d’autres cas, ce sont des opérations constituantes mêlées à la présence d’un auditoire et d’autres contingences pouvant contrôler le CV. Parfois ce sont des mots ou des phrases (réciter un poème est une performance de type chaîne comportementale). La réponse verbale peut prendre différentes formes : vocale, posturale, signe, ou grimace. Tout comportement de communication, dans la mesure où le renforcement pourrait être médié par autrui, est verbal. Tout CV n’est pas oral ou vocal. Ce qu’on nomme donc «communication non-verbale» est en fait une communication verbale «non vocale» ou «non orale» ou encore «non linguistique». Les fonctions des comportements verbauxA l’instar de leurs formes, les fonctions des CV varient considérablement. Dans la tradition Skinnerienne, il est coutume de distinguer les mands, les tacts, les intraverbales, les comportements impliquant une similarité formelle et les autoclitiques. Les fonctions ne sont pas toutes mutuellement exclusives. Un mand est une réponse verbale qui est sous le contrôle fonctionnel d’un renforceur particulier. Une opération constituante du type déprivation ou stimulation aversive peut augmenter la pertinence de ce renforceur pour l’émetteur. Les demandes sont une classe courante de mands. Un tact est une réponse verbale qui est sous le contrôle fonctionnel qu’un objet, un événément ou une partie de ceux-ci. Les descriptions sont des exemples de tacts. Parfois, sous la forme d’un tact se cache une mand déguisé. Il est essentiel de procéder finement à l’analyse de la fonction du comportement, car tact et mand n’ont pas les mêmes répercussions sur l’environnement. Par exemple, la phrase «je vais me tuer» peut être interprété comme la description des comportements morbides tels que la préparation et les sentiments associés à celle-ci, c’est alors un tact. Si la la réponse est davantage renforcée par l’effet qu’elle produit sur autrui, c’est un mand. Une réponse intraverbale est un CV qui est sous le contrôle fonctionnel d’un autre stimulus verbal, où la relation entre le stimulus et la réponse est arbitrairement établie par la communauté verbale. Ce type de réponse implique, par exemple, la continuation de phrases ou de séries de mots comme «un plus un égal ...», «l’habit ne fait pas le ...», «janvier, février, mars ...» ou encore répondre à une question ou converser. Il existe différents comportements de reproduction : Echoïque, dictée-textuel, transcriptif. Le comportement échoïque est une réponse verbale orale correspondant à un stimulus oral identique (dire «ballon» au stimulus oral «ballon»). La dictée est une réponse verbale écrite occasionnée par un stimulus oral correspondant (écrire «chaussure» au stimulus oral «chaussure»). Un comportement textuel est une réponse orale à un stimulus écrit correspondant (la lecture à haute voix). La transcription est un comportement écrit occasionné par un stimulus écrit (reproduire un texte, traduire un texte). D’autres auteurs ont complété cette description : Michael (1982) ajoute l’imitation comme comportement échoique non oral (par exemple imiter un signe), Sundberg et Partington (1998) proposent de considérer le langage réceptif. Ce dernier s’intéresse au comportement non oral de l’auditeur : il s’agit ici d’un mouvement physique issu d’un stimulus verbal et dont le renforcement est non spécifique. Les autoclitiques (descriptifs, quantifiant, qualifiant, relationnels) sont une classe comportementale faisant référence à des CV ayant comme sujet d’autres CV. Ils ont pour fonction de changer ou de nuancer le CV. Les comportements verbaux comme «je pense que ...» «je suis sur que ...» «je doute ...» sont des exemples d’autoclitiques descriptifs. Peu, beaucoup, tous, parfois, certains ... sont des exemples d’autoclitiques quantifiant. Les négations, les assertions, les qualificatifs sont des exemples d’autoclitiques qualifiant. Avant, après, devant, derrière, le temps, la grammaire, la ponctuation, les possessifs ... sont des exemples d’autoclitiques relationnels. Les différents exemples de CV décrits ci-dessus sont en relation fonctionnelle directe avec l’environnement : lorsque le CV est émis, il est directement suivi du renforcement. Les cas plus complexes sont issus d’une relation plus indirecte avec l’environnement. «Indirecte» signifie que dans l’histoire de formation du comportement, celui-ci n’a pas été directement renforcé, mais il a été associé à d’autres comportements qui eux sont renforcés directement. Dériver des relations verbales entre stimuli est l’un de ses comportements indirectement renforcés. La question du cadrage relationnel fera l'objet d'un autre article.
Article écrit et mis en ligne le 10 janvier 2011 par Egide Altenloh (c) |


