Non, je ne suis pas « contre » la pleine conscience

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Pourquoi publier un article sur la question ? Car de nombreuses personnes ne comprennent pas ma démarche et réfléchissent de façon dichotomique (et avec très peu de sens critique quand il s’agit de la pleine conscience (comme moi maintenant en fait)) : si tu n’es pas un aficionados alors tu es contre et si tu es contre, alors tu n’as rien compris. Ben c’est possible, que voulez-vous, on ne se refait pas.

En effet, je suis contre une certaine récupération de ce qui est devenu une sorte de label, une marque, un produit : la pleine conscience … ou plutôt le McFulness.

Au début, ce qu’on appelle la pleine conscience, dérivée de Mindfulness, était une formule bien sentie de Jon Kabat Zinn qui disait : La pleine conscience est un état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans juger, sur l’expérience qui se déploie moment après moment. 

Le but de Monsieur Kabat Zinn était de proposer une pratique issue du bouddhisme connue sous le nom d’attention juste, ou présence attentive ou encore, pour ceux qui aiment les mots exotiques, samma-sati, à des personnes en souffrance en déspiritualisant la pratique. La pleine conscience était donc une pratique non spirituelle de méditation.

Puis elle a connu le succès qu’on lui connait.

Puis, comme tout ce qui a le vent en poupe, elle a été récupérée de mille et une façon.

On la met tellement à toutes les sauces qu’elle est devenue un synonyme de méditation. Or elle est une forme de méditation, et non LA méditation.

En tant que psychologue, je m’y intéresse depuis plusieurs années.

Quand j’ai lu cette définition, je me suis posé les questions suivantes :

Qu’est-ce qu’un état de conscience ? Qu’est-ce que l’attention ? Qu’est-ce qu’un jugement ? Qu’est-ce qu’une intention ? Qu’est-ce que le moment présent ? Et finalement qu’est-ce que l’expérience ?

Et oui, un psychologue se pose des questions comme ça. En particulier un comportementaliste.

La notion d’état de conscience est plus un principe cognitiviste que comportementaliste et j’ai donc du chercher un peu avant de comprendre les premiers mots de Mr Jon qui semblent pourtant évidents.

Un état de conscience est une expérience ou une réponse particulière découlant d’une attitude particulière en relation à un événement particulier. Pour faire simple, on va dire que c’est une expérience particulière.

L’attention est un comportement interne qui oriente les sens dans une direction particulière. Elle peut être sous notre contrôle ou sous le contrôle de notre environnement. Le passage de l’un à l’autre va dépendre de la saillance des stimuli en concurrence. Déjà là, j’ai trouvé l’idée d’apprendre aux personnes à avoir plus d’emprise sur leur attention comme bien utile, cela me faisait penser aux thérapies méta-cognitives et à la rééducation neuropsychologique dans les troubles de l’attention. Bref, rien de neuf donc mais sympa et probablement efficace.

Cette attention, on la porte intentionnellement.

« Porter intentionnellement », pour un psy comme moi, c’est particulièrement compliqué à comprendre. J’avoue avoir galèré pas mal là dessus. Après m’être fait la réflexion que plus on étudiait plus devenait bête, j’ai finalement trouvé. Ma traduction est un peu compliquée et inutile pour le développement ici.

L’instant présent. Là je me suis dit :  » Tu veux la porter sur quoi d’autre ton attention Jon ? L’instant passé ? Tu fais comment, toi, pour porter ton attention sur un truc qui n’est pas là ? » Mise en situation : Un homme regarde sa voisine, nue, dans sa salle de bain occupée à faire des trucs de voisine nue dans la salle de bain et sa femme arrive et lui demande ce qu’il fait, pensez-vous qu’elle va le croire quand il répondra « ben je regarde la robe de la voisine avant qu’elle ne se déshabille, j’aime bien les motifs »? On rigole, on rigole, mais moi je n’ai toujours pas compris.

Ensuite, on ne juge pas. Oups la la !

On ne peut pas empêcher notre esprit de catégoriser, me suis-je dit. C’est impossible ! C’est à ça que sert le langage et la pensée et on ne peut empêcher cela de fonctionner ! Puis je me suis dit que Mr Kabat Zinn voulait sans doute dire, si il avait utilisé des mots rien que pour moi (on devient vraiment très très ignorant quand on se spécialise) : Tu vois une catégorie et tu observes aussi les qualités concrètes de l’expérience. Bien entendu qu’on juge, c’est automatique. Avant même qu’une information arrive à notre conscience elle a passé un nombre incroyable de filtres qui ont fait un tri sur ce qui était intéressant à porter à notre attention (au propre comme au figuré). En fait, c’est l’attitude face à ce jugement qu’il est intéressant de cultiver : une sorte de non réactivité. Merci Jon.

Puis l’expérience ? De quoi s’agit-il ? Pour ma part j’en vois deux. Nous avons l’expérience concrète :  l’odorat, le goût, l’ouïe, le toucher, l’audition, l’équilibre, la proprioception, la nociception, la thermoception. Puis nous avons les expériences symboliques, c’est un peu la même chose que les sens, mais dans la tête.

Voilà. C’est tout. Enfin, c’était tout.

Maintenant, toute forme de méditation est labellisée « pleine conscience ». J’attends avec impatience de lire un jour une annonce pour un groupe de méditation de pleine conscience taoïste. Tant qu’à faire.

Puis, toute forme d’attention est labellisée pleine conscience. Au lieu d’être un parent attentif et aimant, il faut être maintenant un parent mindful. L’idée d’être sans réactivité à mes pensées d’affection, de porter autant d’attention à mon enfant qu’au trognon de pomme gisant à coté de lui, sans jugement, me laisse perplexe … Car la pleine conscience, si on se réfère à la définition de Jon, c’est cela.

Mais non, c’est de l’accueil et de l’acceptation dont il s’agit, allez-vous me dire. Je veux bien vous croire, mais il s’agit d’une attitude et d’un jugement. Ce n’est pas de la pleine conscience. Si on veut parler d’accueil et d’acceptation, parlons d’accueil et d’acceptation et non de pleine conscience qui renvoie à beaucoup de choses, mais pas à une attitude positive envers un être humain. Rappelez-vous : porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans jugement, sur l’expérience. SANS JUGEMENT !

Je vais m’arrêter là, mais je pense que je n’ai pas fini d’écrire sur le sujet.

Finalement, c’est une bonne chose, cela me permet de reprendre la plume ici.

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